Petite histoire de la caserne Chombart de Lauwe

PETIT HISTORIQUE DE LA CASERNE DE  LAUWE

 

Par le docteur A. BORGOMANO
Médecin Colonel (H.) des T.d.M.
Ancien Médecin-chef de l'E.M.A.

- Montpellier -

En 1867 Monseigneur Le Courtier, Évêque de Montpellier, envisage la construction d'un nouveau séminaire diocésain plus adapté aux besoins, plus fonctionnel et plus salubre. Le choix de l’emplacement se porte sur l'enclos Farel sur lequel existe déjà une très jolie «folie » qui est l’actuel bâtiment où sont logés les Officiers.
L'ile Farel (on appelait «île ou îlot» au Moyen-Âge un terrain, bâti ou non, bordé de rues ou de chemins) était un vaste triangle délimité par la rue Saint Vincent de Paul, l'ancien chemin de Castelnau et le chemin de Nazareth. Il comprend actuellement la Caserne de Lauwe, l'imprimerie de la Charité, des maisons et immeubles dont le Jean-Sébastien Bach construit en1985 à la place d'une église et d'un couvent de Capucins (Saint Antoine de Padoue).
Au Moyen-Âge il était occupé en partie par un cimetière israélite. On y découvrit, lors de la construction, des restes de sépultures juives. Son nom lui vient, avant la Révolution, de son propriétaire, grand négociant, de religion réformée. Le 25 Mars 1788 il fut inhumé publiquement grâce à l'Édit de tolérance rendu par Louis XVI. Ce fut la première fois qu'un enterrement de protestant parcourait la voie publique. A l’angle de la rue Saint Vincent de Paul et de la Rue de Nazareth existait un Octroi de la Ville.
Le Petit Séminaire s'appellera Saint Firmin (n’oublions pas que les Petits Séminaires sont des collèges – ou des lycées – qui reçoivent des élèves de la 6ème au Baccalauréat et que seuls les Grands Séminaires accueillent les futurs prêtres après le Bac.); son entrée sera 4, rue Saint Vincent de Paul jusqu' au18 mai1961, date où la rue sera rebaptisée : rue du 81ème Régiment d'Infanterie.
Le devis estimatif des travaux établi le15 mai 1867 s'élève à 492.217,16 Francs (OR, de l'époque) y compris les honoraires (5%) de l'architecte. Les pierres de taille utilisées pour les différents éléments de la construction proviendront de Vendargues pour les marches et les escaliers, de Saint Géniès de Mourgues, de Saint Jean de Védas et de la carrière de Maravale pour le reste. Le cubage employé avoisine les 4.000 mètres cubes à un prix variant entre 35 et49 francs le M3 selon la provenance.
Dès 1867 commence dans tout le Diocèse une souscription pour la construction. Toutes les paroisses donneront, y compris les plus pauvres, ainsi que de nombreux particuliers. Il sera toutefois fait appel au Crédit Foncier de France pour un prêt de 170.000Fr remboursables sur 60 ans pour compléter les dons des catholiques du Diocèse. Le Petit Séminaire Saint Firmin sera inauguré en 1880 par Monseigneur François Marie Anatole de Rovérié de Cabrières et fonctionnera comme tel jusqu'en 1907.

Saint Firmin


En vertu de la Loi de séparation de l'Église et de l'État il est désaffecté en Décembre1907
et immédiatement utilisé par l'armée pour y loger une partie du 81ème Régiment d'Infanterie.

Il est attribué, sur sa demande, à la Ville de Montpellier par un décret du18 août 1911 signé du Président Fallières et maintenu dans son affectation. L'université souhaitait récupérer le Grand Séminaire pour, après aménagements, en faire une bibliothèque universitaire. Toutes les Facultés : Médecine, Pharmacie, Droit, Lettres et Sciences n'étaient-elles pas alors à moins de 300 mètres.

Entre 1914 et 1918 la caserne de Lauwe est un hôpital complémentaire

Les militaires, de leur côté, semblaient n'avoir plus besoin de cette Caserne ainsi que l'écrit le Général Altmayer commandant le16ème corps d'armée.
D'ailleurs après la guerre de 14/18 le maréchal Foch, de passage à Montpellier où il avait tenu garnison et logé Place de la Canourgue, promit Monseigneur Mignien de lui rendre la Caserne de Lauwe.
Le Conseil Régional de Montpellier dans sa séance du 18 octobre 1941 se déclare favorable à la restitution de la Caserne de Lauwe en échange du Grand Séminaire
Le Général de Lattre de Tassigny successeur du Général Altmayer n'y semble pas opposé dans une lettre du 24 juillet 1942 : «…. Mon vif désir est de voir aboutir la question du Petit Séminaire Saint Firmin ...».
Le Préfet Régional était d' accord et le Recteur d'Académie M. Pariselle exposait par lettre du 9 juillet 1943 les raisons de cette récupération. Les échanges de lettres vont se poursuivre jusqu'à l'été 1943 en raison de points litigieux au regard de la Loi de juillet 1941et ce malgré l’accord de toutes les parties sur le plan local. C'est le général Bridoux, Secrétaire d' État à la Guerre qui rejette la requête. Des démarches sont alors entreprises auprès du Maréchal Pétain, Chef de l’État. Celles-ci n'auront pas le temps d’aboutir.

En juin et juillet 1940 elle accueille des élèves de l' Ecole Principale du Service de Santé de la Marine et des Colonies repliée de Bordeaux, en zone occupée, avant qu' ils ne rejoignent la cité universitaire des Arceaux où ils resteront jusqu'en fin 1942. Après le départ des Navalais elle redeviendra Hôpital Complémentaire avec une Maternité. Ceci pour caser de manière officielle un maximum de personnel du Service de Santé. Devenu inutile il est dissous en 1943 et en 1944 la Milice s'y installera avec les familles, l'enceinte les mettant à l'abri de représailles. Jusqu' à la libération de Montpellier, le 25 août 1944, des résistants y seront interrogés, torturés ou assassinés. Elle redevient alors et jusqu'à la fin de1945 un hôpital complémentaire où seront accueillis les prisonniers rapatriés d’Allemagne.
Tous les prisonniers rapatriés et les unités dissoutes, la plupart des casernes et bâtiments militaires de Montpellier, les casernes du Cours Gambetta très rapidement, la caserne Joffre actuellement lycée –de 1948 à1954-, l'immense Polygone, le Génie, les Subsistances, les Chais, la caserne Grossetti enfin, vont être transférés à la ville de Montpellier.
Seuls subsisteront le quartier Lepic qui deviendra l'Ecole d'Application de l'Infanterie (E.A.I.) et la caserne de Lauwe qui accueillera en juin 1946 les «exilés de Vincennes», l' Ecole Militaire d'Administration (E.M.A.) qui, de 1941 à 1946 a connu l'avenue Védrines à Marseille, le Thermal Hôtel de Néris les Bains et le château des Bergeries à Draveil (Seine et Oise).
La caserne de Lauwe logera de1947 à1958 des élèves médecins de l’école du service de santé militaire de Lyon détachés à Montpellier pour poursuivre leurs études à la faculté de médecine suite à la destruction par la R.A.F. (Royal Air Force ) , à l’été 1944 , de leur école où se trouvait le siège de la Gestapo .
Le monument aux Morts y prendra place en 1949 dans les jardins. Les salles de tortures de la Milice seront conservées sans aucune affectation et la nef de la Chapelle sera partagée dans le sens de la hauteur. Pendant plus de deux ans 3 prisonniers allemands y resteront, en semi-liberté, assurant des travaux d'entretien, avant d’être rapatriés. Le stade, plus tard «Lieutenant Normand » (tué en Indochine), sera installé sur un ancien cimetière de religieuses. Les locaux du bâtiment principal recevront au cours des années des affectations différentes mais la direction et l'infirmerie ne bougeront pas, l'une s’agrandissant, l’autre rapetissant.
Très tôt les différents couloirs intérieurs, des salles et les allées extérieures recevront des noms rappelant des personnages remarquables ou des noms de lieux ayant un rapport avec l’Ecole.

 

L'ancien pertit séminaire Saint Firmin devenu caserne Chombart de Lauwe

En bas à gauche : le stade lieutenant Normand

A droite : le petit lycée devenu caserne aspirant Tastavin

Dans le coin droit l'église Saint Antoine de Padoue et le couvent des Capucins qui seront démolis pour laisser place au Jean-Sébastien Bach